On
sait bien que chaque acte de création est obligatoirement
conditionné par toute l'évolution antérieure
de l'artiste, on ne devient pas virtuose spontanément.
Deux
étapes décisives de la formation professionnelle
de Volodia étaient l'Ecole des Beaux-Arts à Abramtsevo
sous Moscou et l'Académie des Beaux-Arts et du Design Industriel
Moukhina à St-Petersbourg - deux systèmes de vision
artistique différents ayant appris à leur élève
à voir chaque objet de l'extérieur et de l'intérieur
des micro- et macro-univers de l'imagination. Deux écoles,
deux conceptions, deux façons réciproquement complémentaires
de remonter aux sources de formes plastiques donnant ensemble
des ouvertures quasi-illimitées au développement
de tout style. Le langage de Volodia peut paraître très
"européen", mais il n'en est moins vrai que sa
façon de réfléchir son modèle dans
l'image est profondément marquée par les traditions
picturales russes fondées sur le jeu des expressions linéaires
et rythmiques, sur l'interaction de la silhouette et de l'effet
coloristique local.
Empreinte de sa très solide formation, son uvre l'est
aussi de sa curiosité aux tendances contemporaines, de
son contact quotidien avec l'évolution du contexte pictural
occidental.
En 1990, 2 ans après sa sortie de l'Académie Moukhina
à St-Petersbourg, Volodia a pris part (avec son ami Vladimir
Kostarnov) au Festival International de la Sculpture (!) à
Munster en Allemagne. Leur travail a obtenu le 1er prix. Ce succès
"inattendu", la connaissance et l'échange avec
ses collègues occidentaux ont donné à Volodia
un parfait stimulus à son évolution.
"Le succès engendre le succès". Depuis
ce concours en Allemagne, participer aux actions artistiques internationales
est devenu pour Volodia une occupation régulière
et familière : construction des "châteaux de
sable" en France (Bressuire 1994, 1995) ou des "châteaux
de neige" à Moscou (IIème prix -"Viugovéï"
1990), Festivals Internationaux des Arts Plastiques ("Master-Class"
à St-Petersbourg) ou les expositions personnelles ou collectives
en France, Espagne, Allemagne, Russie, Pays-Bas...
C'est
le mouvement, le voyage perpétuel.
Cette vie extramobile devient une source et un moyen d'inspiration,
oriente l'esprit et donc la création, impose un certain
détachement et permet tant de découvertes étonnantes
qu'avec les routes terrestres Volodia a fait son compas personnel,
sa rose des vents.
LE
VOYAGE A TRAVERS LES SOUVENIRS
OU "LE TEMPS, RECULE !"
Quand
Volodia voyage à travers le temps, c'est sans règle
du jeu, définie. En restant russe dans son essence, sa
formation et ses attachements, il a puisé pendant plus
de 10 ans ses thèmes dans le folklore de son pays natal
- la magie des contes, le loubok*, les tréteaux. Tous ces
personnages : les marchands barbus costauds, les Petrouchkas,
les beautés tantôt sur un taureau, tantôt sur
un coq, tantôt sur un cheval avec le prince Ivan, - ils
sont tous éclatants, magnifiques, riches en couleurs comme
une "couverture faite en mosaïque avec des morceaux
de chiffons"que l'on peut admirer en entier ou explorer morceau
par morceau.
Les oiseaux païens - Sirin et Alkonost, dont les corps redoutables
sont à peine couverts d'un plumage raffiné et trompeur
- sont fiers et austères.
Assez complexes sont ses tableaux "Le Marchand d'actions",
"La Représentation", "L'Editeur", "Le
Ménage diligent". Remplis d'associations historiques
et de détails "parlants" (photos, anciens billets
de banque etc.), leur contexte n'est plus féerique, mais
plutôt ménager ou domestique, donc plus familier
et donc, plus illustratif.
Le continent des vieilles bonnes traditions picturales russes
n'a pas de limites et de ce fait - n'est jamais entièrement
exploré ; peuplé d'innombrables personnages hauts
en couleurs, il est cultivé et aménagé par
de nombreuses générations d'artistes. Chaque chose
peut y être inventée et réinventée
sans cesse et à chaque fois elle sera aussi intéressante
et originale que l'est son créateur.
LE
VOYAGE EN SPIRALE
OU " LES ECLATS DE L'HARMONIE DISPARUE"
Volodia
n'est pas insensible au mystère des coquilles aux formes
étranges venant des mers, des tropiques. Il
les appelle respectueusement "Objets". Comment est-il
possible qu'un crustacé primitif habite une demeure aussi
luxueuse ?! Ce blindage, cette cage en or, ne lui donnant aucune
possibilité de croître, a empreint dans les courbes
de ses spirales une certaine histoire d'une civilisation qui ne
s'est jamais réalisée.
Le tendre nacre de sa surface intérieure est soigneusement
caché, roulé en spirale, parsemé d'épines,
de pousses de la carapace gardant jalousement ce mystère.
L'artiste compare ces créatures avec la forme du triangle,
stable et solide mais privée de vie (Objets n°2, 4
et 5) et avec la géométrie de l'uf - symbole
de la vie, essaie de les pénétrer par l'énergie
de la lumière, de les forcer à vivre dans une ambiance
inhabituelle ("L'Atelier de l'artiste"). Mais partout-partout
ces objets restent fermés et excitent justement par leur
côté insoumis et inconnu. D'ailleurs, Volodia trouve
parfois un contenu digne de certaines coquilles ("L'île-de-Ré",
"La Mer de bleuets"), mais ça c'est déjà
un autre voyage.
LE
VOYAGE PARMI LES CHOSES
OU "LES CONVERSATIONS "
Volodia
Popov est un païen. Même quand il s'inspire du personnage
d'Andréï Roublev, il pense à Kasimir Malévitch
("Conversation de Malévitch avec Roublev"). La
nature-morte ranimant l'abîme du « Carré Noir
» ironise sur les mornes pronostiques du début du
XXème siècle sur la mort de l'art pictural. Rien
n'est mort tant que l'artiste ne l'est pas.
Toutes les nature-mortes de Volodia peuvent être réunies
en un cycle à part - si différentes paraissent-t-elles
dans le langage et le but, mais tous ces objets (ce sont d'habitude
des attributs des repas festifs) sont réunis par l'esprit
d'une conversation intime. Les calices massifs sur un pied fin,
les bouteilles défiant la gravitation etc. - toutes ces
choses vivent leur propre vie, respirent leur propre air, se cherchent
ou se désunissent ; et dans cette tension, leurs silhouettes
se fondent, perdent leur aspect figé et la symétrie
froide.
L'étincelle du regard d'artiste libère leurs propres
énergies intérieures, les invite à une fête,
à une conversation ou à un acte d'amour.
LE
VOYAGE INSATIABLE
OU "LE CHEMIN VERS LA FEMME"
La
coquille qui avait un jour amené La Vénus à
la terre ferme peut se trouver non seulement dans la mer près
de l'île-de-Ré, mais aussi dans la mer de fleurs
de champs,
laissant ces dernières la transpercer (si une jeune et
belle créature l'a choisi par insouciance) ("La Mer
de bleuets").
A part de rares exceptions, Volodia voit dans les femmes des païennes
comme lui-même. Elles peuvent être de la même
nature avec les nuages en les intégrant dans leurs corps
ou en s'y dissolvant ("Le Reflet"). Elles mélangent
leurs cheveux avec du vent plein de fleurs et de feuillage annonçant
l'arrivée du printemps ("Flore"). Leurs amis
les plus intimes sont souvent chiens , chats et oiseaux, elles
cachent rarement leur grâce sous les vêtements.
Ses femmes s'amusent et rêvent, se peignent ou se font belles.
Elles peuvent être surchargées de chair comme des
"Vénus paléolithiques" ou même ne
pas avoir de corps comme des esprits mais elles sont toujours
remplies de désir et sont désirées. Et l'amour
entre l'homme et la femme est pour Volodia un équilibre
entre deux énergies qui permet de résoudre un problème
plastique ("Equilibre", "Désir").
LE
VOYAGE VERS SOI-MEME
OU "L'ENVIRONNEMENT QUOTIDIEN"
II
est admis que chaque tableau de l'artiste soit un peu son autoportrait.
En se lançant dans un voyage, en accumulant des sujets
et des objets, Volodia fond pour sa rose des vents de nouvelles
pétales qui se fixent toutes sur la même tige et
qui ont les mêmes racines où se concentrent toutes
les images et tous les souvenirs de Volodia.
L'artiste est en même temps immobile et mouvant. Chaque
détail de sa vie quotidienne devient un thème pour
sa création. Dans son environnement immédiat se
croisent des mythes et des énergies extraterrestres, les
jeux d'enfant ont un sens sacré ("Le garçon
avec un chat"), sa Galatée est animée tantôt
par le mouvement du pinceau ("Autoportrait"), tantôt
par les goûttes de la pluie ou par le tintement des verres
ou par un doux toucher.
* "LOUBOK"- ancien style décoratif russe caractérisé
par un dessin assez schématique et accompagnée d'une
légende explicitant la situation des personnages souvent
outrée jusqu'au grotesque.