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Livre de voyages (1999)

On sait bien que chaque acte de création est obligatoirement conditionné par toute l'évolution antérieure de l'artiste, on ne devient pas virtuose spontanément.
Deux étapes décisives de la formation professionnelle de Volodia étaient l'Ecole des Beaux-Arts à Abramtsevo sous Moscou et l'Académie des Beaux-Arts et du Design Industriel Moukhina à St-Petersbourg - deux systèmes de vision artistique différents ayant appris à leur élève à voir chaque objet de l'extérieur et de l'intérieur des micro- et macro-univers de l'imagination. Deux écoles, deux conceptions, deux façons réciproquement complémentaires de remonter aux sources de formes plastiques donnant ensemble des ouvertures quasi-illimitées au développement de tout style. Le langage de Volodia peut paraître très "européen", mais il n'en est moins vrai que sa façon de réfléchir son modèle dans l'image est profondément marquée par les traditions picturales russes fondées sur le jeu des expressions linéaires et rythmiques, sur l'interaction de la silhouette et de l'effet coloristique local.
Empreinte de sa très solide formation, son œuvre l'est aussi de sa curiosité aux tendances contemporaines, de son contact quotidien avec l'évolution du contexte pictural occidental.
En 1990, 2 ans après sa sortie de l'Académie Moukhina à St-Petersbourg, Volodia a pris part (avec son ami Vladimir Kostarnov) au Festival International de la Sculpture (!) à Munster en Allemagne. Leur travail a obtenu le 1er prix. Ce succès "inattendu", la connaissance et l'échange avec ses collègues occidentaux ont donné à Volodia un parfait stimulus à son évolution.
"Le succès engendre le succès". Depuis ce concours en Allemagne, participer aux actions artistiques internationales est devenu pour Volodia une occupation régulière et familière : construction des "châteaux de sable" en France (Bressuire 1994, 1995) ou des "châteaux de neige" à Moscou (IIème prix -"Viugovéï" 1990), Festivals Internationaux des Arts Plastiques ("Master-Class" à St-Petersbourg) ou les expositions personnelles ou collectives en France, Espagne, Allemagne, Russie, Pays-Bas...
C'est le mouvement, le voyage perpétuel.
Cette vie extramobile devient une source et un moyen d'inspiration, oriente l'esprit et donc la création, impose un certain détachement et permet tant de découvertes étonnantes qu'avec les routes terrestres Volodia a fait son compas personnel, sa rose des vents.

LE VOYAGE A TRAVERS LES SOUVENIRS
OU "LE TEMPS, RECULE !"

Quand Volodia voyage à travers le temps, c'est sans règle du jeu, définie. En restant russe dans son essence, sa formation et ses attachements, il a puisé pendant plus de 10 ans ses thèmes dans le folklore de son pays natal - la magie des contes, le loubok*, les tréteaux. Tous ces personnages : les marchands barbus costauds, les Petrouchkas, les beautés tantôt sur un taureau, tantôt sur un coq, tantôt sur un cheval avec le prince Ivan, - ils sont tous éclatants, magnifiques, riches en couleurs comme une "couverture faite en mosaïque avec des morceaux de chiffons"que l'on peut admirer en entier ou explorer morceau par morceau.
Les oiseaux païens - Sirin et Alkonost, dont les corps redoutables sont à peine couverts d'un plumage raffiné et trompeur - sont fiers et austères.
Assez complexes sont ses tableaux "Le Marchand d'actions", "La Représentation", "L'Editeur", "Le Ménage diligent". Remplis d'associations historiques et de détails "parlants" (photos, anciens billets de banque etc.), leur contexte n'est plus féerique, mais plutôt ménager ou domestique, donc plus familier et donc, plus illustratif.
Le continent des vieilles bonnes traditions picturales russes n'a pas de limites et de ce fait - n'est jamais entièrement exploré ; peuplé d'innombrables personnages hauts en couleurs, il est cultivé et aménagé par de nombreuses générations d'artistes. Chaque chose peut y être inventée et réinventée sans cesse et à chaque fois elle sera aussi intéressante et originale que l'est son créateur.

LE VOYAGE EN SPIRALE
OU " LES ECLATS DE L'HARMONIE DISPARUE
"

Volodia n'est pas insensible au mystère des coquilles aux formes étranges venant des mers, des tropiques. Il les appelle respectueusement "Objets". Comment est-il possible qu'un crustacé primitif habite une demeure aussi luxueuse ?! Ce blindage, cette cage en or, ne lui donnant aucune possibilité de croître, a empreint dans les courbes de ses spirales une certaine histoire d'une civilisation qui ne s'est jamais réalisée.
Le tendre nacre de sa surface intérieure est soigneusement caché, roulé en spirale, parsemé d'épines, de pousses de la carapace gardant jalousement ce mystère.
L'artiste compare ces créatures avec la forme du triangle, stable et solide mais privée de vie (Objets n°2, 4 et 5) et avec la géométrie de l'œuf - symbole de la vie, essaie de les pénétrer par l'énergie de la lumière, de les forcer à vivre dans une ambiance inhabituelle ("L'Atelier de l'artiste"). Mais partout-partout ces objets restent fermés et excitent justement par leur côté insoumis et inconnu. D'ailleurs, Volodia trouve parfois un contenu digne de certaines coquilles ("L'île-de-Ré", "La Mer de bleuets"), mais ça c'est déjà un autre voyage.

LE VOYAGE PARMI LES CHOSES
OU "LES CONVERSATIONS "

Volodia Popov est un païen. Même quand il s'inspire du personnage d'Andréï Roublev, il pense à Kasimir Malévitch ("Conversation de Malévitch avec Roublev"). La nature-morte ranimant l'abîme du « Carré Noir » ironise sur les mornes pronostiques du début du XXème siècle sur la mort de l'art pictural. Rien n'est mort tant que l'artiste ne l'est pas.
Toutes les nature-mortes de Volodia peuvent être réunies en un cycle à part - si différentes paraissent-t-elles dans le langage et le but, mais tous ces objets (ce sont d'habitude des attributs des repas festifs) sont réunis par l'esprit d'une conversation intime. Les calices massifs sur un pied fin, les bouteilles défiant la gravitation etc. - toutes ces choses vivent leur propre vie, respirent leur propre air, se cherchent ou se désunissent ; et dans cette tension, leurs silhouettes se fondent, perdent leur aspect figé et la symétrie froide.
L'étincelle du regard d'artiste libère leurs propres énergies intérieures, les invite à une fête, à une conversation ou à un acte d'amour.

LE VOYAGE INSATIABLE
OU "LE CHEMIN VERS LA FEMME"

La coquille qui avait un jour amené La Vénus à la terre ferme peut se trouver non seulement dans la mer près de l'île-de-Ré, mais aussi dans la mer de fleurs de champs, laissant ces dernières la transpercer (si une jeune et belle créature l'a choisi par insouciance) ("La Mer de bleuets").
A part de rares exceptions, Volodia voit dans les femmes des païennes comme lui-même. Elles peuvent être de la même nature avec les nuages en les intégrant dans leurs corps ou en s'y dissolvant ("Le Reflet"). Elles mélangent leurs cheveux avec du vent plein de fleurs et de feuillage annonçant l'arrivée du printemps ("Flore"). Leurs amis les plus intimes sont souvent chiens , chats et oiseaux, elles cachent rarement leur grâce sous les vêtements.
Ses femmes s'amusent et rêvent, se peignent ou se font belles. Elles peuvent être surchargées de chair comme des "Vénus paléolithiques" ou même ne pas avoir de corps comme des esprits mais elles sont toujours remplies de désir et sont désirées. Et l'amour entre l'homme et la femme est pour Volodia un équilibre entre deux énergies qui permet de résoudre un problème plastique ("Equilibre", "Désir").

LE VOYAGE VERS SOI-MEME
OU "L'ENVIRONNEMENT QUOTIDIEN
"

II est admis que chaque tableau de l'artiste soit un peu son autoportrait. En se lançant dans un voyage, en accumulant des sujets et des objets, Volodia fond pour sa rose des vents de nouvelles pétales qui se fixent toutes sur la même tige et qui ont les mêmes racines où se concentrent toutes les images et tous les souvenirs de Volodia.
L'artiste est en même temps immobile et mouvant. Chaque détail de sa vie quotidienne devient un thème pour sa création. Dans son environnement immédiat se croisent des mythes et des énergies extraterrestres, les jeux d'enfant ont un sens sacré ("Le garçon avec un chat"), sa Galatée est animée tantôt par le mouvement du pinceau ("Autoportrait"), tantôt par les goûttes de la pluie ou par le tintement des verres ou par un doux toucher.

* "LOUBOK"- ancien style décoratif russe caractérisé par un dessin assez schématique et accompagnée d'une légende explicitant la situation des personnages souvent outrée jusqu'au grotesque.